Plusieurs milliers de Roumains manifestent depuis quatre jours contre le gouvernement et le président Băsescu, lassés par les mesures d’austérité très dures prises depuis deux ans. A Bucarest, de violents débordements ont eu lieu dans la soirée de dimanche.

Pour le quatrième jour de suite, la révolte gronde dans les rues de Roumanie. Hier en milieu d’après-midi, sur la Place de l’Université à Bucarest, plusieurs centaines de manifestants s’étaient à nouveau rassemblés. Idem à Timişoara, Baia Mare, Cluj ou Galați. Dimanche, ils étaient 8700 à manifester dans 41 villes du pays, réclamant la démission de Traian Băsescu et la tenue d’élections anticipées. « Les gens en ont marre, ce n’est pas plus compliqué que ça ! », explique Marian. « Cela fait trop longtemps qu’on subit sans rien dire : les baisses de salaire, les hausses d’impôts, les lois qui passent au Parlement sans être débattues, la corruption. Ce n’est plus possible ! », s’énerve ce quadragénaire.

Né en signe de protestation après la démission du fondateur du Smurd (service d’urgence) Raed Arafat de son poste de secrétaire d’Etat à la santé, suite à un désaccord avec Traian Băsescu sur le projet de loi de réforme de la santé, le mouvement ne s’est pas arrêté, malgré le retrait du projet de loi, vendredi.
Au contraire, il est rapidement devenu l’expression d’un ras-le-bol et d’une colère bien plus larges. Parmi les manifestants, beaucoup de simples citoyens, qui se revendiquent indépendants de toute affiliation politique, et affirment juste exprimer leur colère contre le niveau de vie qui baisse, les impôts qui augmentent, mais surtout contre un système et une classe politique qui ne les prennent pas en compte.

« On réclame la démission de Băsescu, mais que ce soit lui ou un autre, c’est presque un détail », explique Mircea, étudiant à Bucarest. « Ce qu’on veut, c’est que le système change, qu’on en finisse avec le vol et la corruption à grande échelle, les lois adoptées sans débat, les contrats arrangés… » A côté de lui, Mihaela, 64 ans, acquiesce. Retraitée, elle est dans la rue depuis vendredi. « Je n’ai pas l’habitude de manifester. Mais là, l’histoire avec Raed Arafat m’a mise hors de moi. J’en ai marre, j’ai travaillé toute ma vie, j’ai une retraite de 700 lei et me retrouve obligée de continuer à donner des cours pour m’en sortir. Et je ne parle même pas de mes enfants, qui ne trouvent pas d’emploi malgré leurs diplômes. Il faut en finir une bonne fois pour toute avec la corruption, la pauvreté, le système… » Marian poursuit… « Nous ne sommes pas manipulés. Moi en tout cas, je ne suis pas le porte-voix de l’opposition, du PS ou des libéraux, comme le disent certains. Ils ne valent pas mieux que Băsescu et sa clique. Il nous faut du neuf ! Qu’on interdise à tous ces corrompus de se présenter, voilà la solution ! »

Des scènes qui rappellent Londres ou Athènes
Hier, un nouveau mot d’ordre a fait son apparition parmi la foule : « Nous, nous ne sommes pas violents. » Un peu hébétés après les affrontements de dimanche, qui ont fait une cinquantaine de blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre et des dégâts dans le centre-ville de Bucarest, les manifestants refusent de voir le mouvement associé aux dérapages de dimanche. A en croire les médias, les perturbateurs et casseurs seraient, notamment, des jeunes supporters de foot. Sur Internet, d’autres parlent, plus largement, de jeunes désenchantés, comme à Athènes ou Londres récemment. « C’était violent. A la nuit tombée, on a vu des jeunes cagoulés débouler de nulle part et s’opposer frontalement aux gendarmes », explique Conrad, un étudiant présent depuis trois jours Place de l’Université. « Gaz lacrymogènes, jets de pierre, pétards… il y avait de vraies scènes de lutte, notamment Place Unirii. »

Jusqu’alors étrangement muettes, les autorités sont sorties, hier, de leur silence. Le Premier ministre Emil Boc a déclaré que « les violences étaient intolérables » et le ministre de l’Intérieur, Traian Igas, a appelé les forces de l’ordre à prendre des mesures « fermes » contre les débordements. Par ailleurs, Emil Boc a tendu la main à Raed Arafat, affirmant qu’il était le bienvenu s’il voulait participer à l’élaboration de la nouvelle version de la réforme de la santé.
De son côté, l’opposition, par la voix du chef des libéraux Crin Antonescu, a réclamé la démission du gouvernement, la convocation d’une session extraordinaire du Parlement et annoncé la tenue « dans les jours prochains d’un meeting d’envergure » à Bucarest. Les syndicats ont également annoncé être solidaires des manifestations, qui se sont poursuivies hier dans la soirée.

Le petit journal media étranger

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