Pour le gouvernement français, en 2012, il n’y aura que deux choix pour Téhéran. La faillite économique où la guerre totale.

Alors que les périls s’accumulent dans la région du Golfe, où Etats-Unis et Iran semblent au bord de la confrontation, la France est engagée dans un effort diplomatique dont l’objectif se résume ainsi, selon l’entourage de Nicolas Sarkozy : « contraindre l’Iran à faire un choix binaire : l’avenir du régime, ou la bombe nucléaire ».

On estime, à Paris, qu’une campagne de sanctions internationales paralysantes pour l’économie iranienne s’impose de manière urgente, car le risque est grand de voir Israël procéder à des frappes aériennes contre des sites nucléaires iraniens « durant l’été 2012 « .

Les responsables français considèrent de longue date qu’ils sont investis d’un rôle particulier de vigilance sur cette crise mettant en cause la paix au Proche-Orient ainsi que l’ordre nucléaire mondial. Chose frappante, la récente dramatisation des enjeux donne lieu à de nouvelles tensions feutrées entre l’équipe de M. Sarkozy et celle de Barack Obama.

Rien n’en paraît publiquement, et les deux dirigeants affichaient une bonne entente lors de leur prestation télévisée conjointe, début novembre 2011, en marge du G20 de Cannes. Mais derrière cette façade, les responsables français reprochent à l’administration Obama d’avoir été hésitante pour la mise en oeuvre de sanctions radicales contre l’Iran, alors que, selon eux, un compte à rebours est engagé.

« Obama s’est fait imposer par le Congrès américain les mesures qu’il a signées le 31 décembre « , portant sur un étouffement progressif des transactions internationales avec la Banque centrale iranienne, relève-t-on à Paris. « Il l’a fait à son corps défendant », souligne un officiel, rappelant que le Sénat américain avait voté par « 100 voix contre zéro » pour imposer une politique plus stricte sur l’Iran, alors que la Maison blanche voulait diluer ou retarder certaines mesures.

Un diplomate français de haut rang souligne qu’il a été difficile pour M. Obama d’envisager des mesures contre le pétrole iranien car le président américain serait prisonnier de considérations électoralistes : une flambée des cours du brut rejaillirait négativement sur sa campagne de réélection.

Placé sous la pression du Parti républicain, dont tous les candidats ne cessent d’agiter le danger iranien, Barack Obama aurait par ailleurs du mal à reconnaître ce qui est perçu, à Paris, comme « l’échec de sa politique de la main tendue » à Téhéran. Une politique qui avait suscité de fortes réserves, côté français, notamment à propos d’une offre d’échange d’uranium enrichi faite, en vain, fin 2009.

Encore aujourd’hui, certains officiels français se méfient d’une propension d’une partie de l’administration américaine à rechercher un compromis « bancal » avec Téhéran. C’est pourquoi Paris insiste, au sein du groupe des grandes puissances traitant cette crise, pour que l’exigence de la suspension de l’enrichissement d’uranium, inscrite dans les résolutions de l’ONU depuis 2006, soit constamment rappelée.

2012, ANNÉE « CRUCIALE »

Alors que Washington hésitait à frapper le secteur des exportations iraniennes de pétrole, l’Elysée avait rendu publique, le 21 novembre 2011, une lettre de M. Sarkozy aux autres dirigeants occidentaux, appelant à des mesures plus décisives : interruption des achats de brut iranien et gel des avoirs de la Banque centrale. Ce sont ces mesures – en particulier l’embargo pétrolier – que la France estime avoir réussi à imposer au niveau de l’Union européenne, qui devrait annoncer des décisions en ce sens le 23 janvier.

La France, par son activisme en faveur de sanctions d’un registre nouveau, veut s’inscrire dans un triangle diplomatique avec Washington et Israël, dans l’espoir d’occuper un rôle central. Les responsables français ont ainsi relayé le message israélien au sein de l’Europe et auprès de l’équipe Obama, pour la mise en place d’un embargo pétrolier. Non sans, d’ailleurs, s’appuyer sur des contacts au sein du Congrès américain, manifestement perçu à Paris comme un allié, ainsi qu’il l’est par le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.

Mais la France n’endosse pas pour autant la ligne des « faucons » du Likoud, insiste-t-on à Paris, car elle continue de faire l’analyse que le scénario militaire contre l’Iran serait une « catastrophe », comme l’avait dit M. Sarkozy dès août 2007.

Des frappes aériennes auraient pour effets de « souder les Iraniens derrière (le Guide) Khamenei, souder tous les chiites derrière l’Iran, et elles ne feraient que retarder le programme nucléaire iranien, sans lui porter un coup d’arrêt définitif », dit un officiel, catégorique. Et c’est précisément pour « chercher une alternative à ce qui serait une grosse bêtise israélienne » que la France déploie tant d’efforts en faveur des sanctions.

Celles-ci visent à convaincre l’Iran qu’il vaudrait mieux arrêter – avant qu’il ne soit trop tard – son programme nucléaire, plutôt que d’encourir des mesures susceptibles de provoquer un effondrement économique du pays, et donc, de mettre en péril le régime. Il y a urgence à faire aboutir cette stratégie car l’année 2012 est « cruciale ». « Nous sommes convaincus qu’il reste à peu près un an avant la bombe » iranienne et que « les Israéliens n’attendront pas un essai nucléaire iranien pour régler le problème », commente un responsable français. Un tel délai correspond à celui évoqué par le ministre israélien de la défense, Ehoud Barak.

Selon un diplomate français de haut rang, « si les Israéliens veulent « taper » avant qu’un stade irréversible soit atteint, le meilleur moment, c’est avant l’élection présidentielle américaine ». Car, en pleine campagne électorale, Barack Obama « serait soumis à une pression politique irrésistible pour ne pas laisser Israël seul face à la tentation de frapper militairement ». « Si Israël frappe, souligne cette source, ce sera avant le 6 novembre. » En précisant : « Le moment de tous les dangers, c’est l’été 2012. »

Nicolas Sarkozy est « le président le plus engagé, dans le monde » sur le dossier iranien, souligne-t-on dans son entourage. La montée des tensions régionales ainsi que l’avancée des travaux scientifiques iraniens, décrite dans le dernier rapport des inspecteurs internationaux, favorisent une nouvelle mobilisation. Certains, à Paris, anticipent que le chef de l’Etat s’emparera de ce thème dans sa campagne électorale, pour valoriser sa fermeté et sa constance face à une crise de prolifération qui comporte désormais de lourds dangers de dérapage militaire.

Le Monde

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