Une partie de poker menteur au résultat incertain se poursuit à Athènes, le gouvernement menaçant de faire adopter une loi promulguant rétroactivement une clause d’action collective qui permettrait d’imposer à tous ses créanciers de participer à l’effort de restructuration…

Une partie de poker menteur au résultat incertain se poursuit à Athènes, le gouvernement menaçant de faire adopter une loi promulguant rétroactivement une clause d’action collective qui permettrait d’imposer à tous ses créanciers de participer à l’effort de restructuration, jusqu’à maintenant qualifié de volontaire ; l’Institute of International Finance faisant de son côté mine de réfléchir si un défaut ne serait pas tout bien pesé préférable à une décote, tandis que le gouvernement allemand réclame que celle-ci soit encore augmentée, au-delà de ce que demandait le FMI, afin de rendre crédible de son point de vue le nouveau sauvetage de la Grèce.

L’âpreté des négociations illustre combien les enjeux sont élevés et mettent à nu les contradictions d’intérêt entre les protagonistes. Par voie de conséquence, les commentateurs les plus avisés se refusent à tout pari sur leur issue, celles-ci pouvant tout aussi bien se conclure par un compromis de dernière minute que ne pas y parvenir. Dans l’immédiat, la crainte du défaut enfle.

Alors que les dirigeants européens expriment avec éloquence qu’ils ne savent pas quoi faire, leurs propos partant en tous les sens et n’ayant en commun que le flou de leurs intentions, le cas du pare feu que représente le FESF devient lui aussi emblématique. Standard & Poor’s l’ayant à son tour dégradé, les uns affectant de n’y accorder que peu d’importance, les autres au contraire s’en alarmant. Les responsables allemands, et par la force des choses les Français, se rangeant dans la première catégorie, tandis que le président de la BCE trouvait une place de choix dans la seconde. Ceux qui veulent que la fenêtre soit fermée ayant toujours gain de cause, le renflouement du FESF n’est donc pas au programme, créant un autre sujet d’incertitude, pour l’instant plus rampant.

Or le Fonds doit continuer à financer les plans de sauvetage en cours, notamment la part européenne du nouveau plan grec de 130 milliards d’euros au total. Il était également prévu qu’il puisse le cas échéant aider les banques dans le besoin à se recapitaliser; d’ici la fin juin au plus tard, a demandé le régulateur. Dans quelle conditions pourra-t-il désormais remplir ses missions ?

La mise en service du MES qui doit lui succéder à cette même échéance s’apparente à une course d’obstacles mouvementée, une fois un accord préalablement intervenu sur son financement. Il devra recevoir un double baptême, des 17 de l’eurozone et des 27 de l’Union européenne, puisqu’un amendement au Traité de Lisbonne est nécessaire. Tenir un calendrier si serré ressort par avance de l’exploit, vu la multiplicité des étapes qui vont devoir être franchies.

Ce contexte explique la nervosité manifestée par Mariano Rajoy et Mario Monti, les nouveaux patrons de l’Espagne et de l’Italie, qui constatent qu’ils sont sans filet. A nouveau, le président du conseil italien n’a pas caché qu’il est favorable à l’émission d’euro-obligations et au renforcement des pare-feu, ainsi qu’à une intervention accrue de la BCE sur le marché obligataire. Au fil de ses voyages et de ses rencontres, il tente avec opiniâtreté de promouvoir un assouplissement de la position allemande sur ces sujets, tout en jouant vis à vis d’eux les bons élèves de la classe. Il en parle donc de manière détournée, arguant que c’est seulement ainsi, en respectant l’indépendance de la BCE, qu’il y a des chances pour qu’elle prenne les bonnes décisions sans avoir l’air d’agir sous la pression… Que de subtilités florentines !

La situation de l’Italie s’inscrit dans une logique à laquelle il ne va pas être possible de pouvoir échapper. Dans un premier temps, elle va tenter de se refinancer en dépit des taux élevés qu’elle doit consentir, pour se retrouver dans un deuxième temps avec une telle charge sur le dos que seule une restructuration de sa dette pourra lui permettre de s’en sortir. C’est de ce piège que cherche à sortir Mario Monti.

Quand une lueur néanmoins surgit, vers laquelle il serait possible de se diriger, elle éclaire le même sempiternel programme de réformes structurelles, présentées comme susceptibles de relancer la croissance et d’encourager l’emploi sans accroître les déficits. Tous s’y agrippent comme à une planche de salut; tous ne s’y engagent qu’avec prudence. Pas toujours mécontents d’avoir trouvé un excellent prétexte pour les faire avancer. Pierre Lellouche, secrétaire d’État français au commerce extérieur, voit ainsi dans la situation actuelle un “choc salutaire”, car “ce que nous payons aujourd’hui, c’est trente années de facilité dans laquelle on a maintenu un système social et on a distribué de l’argent qu’on n’avait pas”.

Mais il y a finalement de l’innocence dans leur conduite, en dépit de leurs mauvaises intentions. Celle de croire qu’ils pourront arriver à leur fin en s’appuyant sur la peur, le chantage et la résignation. Quant à leur opposition de gauche – conservatrice au sens propre – elle voit ses marges de manœuvre se rétrécir tous les jours et recule à chaque fois devant l’obstacle, enfermée dans un cadre qui la condamne tôt ou tard à l’échec.

Il a fallu que ce soit David Lipton, le numéro 2 du FMI, qui sonne le tocsin en utilisant l’image de la “spirale négative” dans laquelle s’enfonce l’Europe, qui pourrait conduire l’économie mondiale à la catastrophe. “Au lieu d’être paralysés par le pessimisme, il est temps de se concentrer sur des choses un peu plus positives, comme trouver les moyens pour sortir de la crise” a-t-il exhorté. Sans lui non plus apporter de réponse.

François Leclerc

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