Il y a quelques mois, en France, un sommet important a eu lieu : le sommet des religions du monde. De grands chefs religieux du monde depuis plusieurs années travaillent ensemble afin d’harmoniser davantage le monde. Ils ont fait une déclaration…

Déclaration

Il y a trois ans, dans les affres de la pire crise financière que le monde ait jamais connue depuis la grande dépression, les dirigeants du monde se réunissaient à Washington pour le premier Som­met du G20. Il leur est apparu qu’une crise globale appelait une réponse globale.

Nous, responsables religieux rassemblés à Bor­deaux ces 23 et 24 mai 2011, affirmons notre con­viction que la cohésion nouvelle apparue entre les Etats doit être renforcée, élargie afin d’inclure d’autres Etats et parties prenantes et qu’elle doit se traduire par des programmes d’action toujours plus efficaces. Seul un partenariat élargi, solide­ment fondé sur des préoccupations communes, peut espérer résoudre les problèmes structurels qui se posent aujourd’hui et à long terme dans les domaines de l’économie, du développement et du changement climatique.

En outre, nous notons que l’actualité dans le monde, particulièrement au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, fait apparaître l’exigence de tous les peuples à voir reconnaître leur dignité fondamentale. Cela doit inclure aussi bien la pro­tection de leurs droits à la liberté religieuse qu’à l’autodétermination politique. Les Etats doivent aussi oeuvrer ensemble pour assurer la protection des minorités et faire face à la réalité du nombre croissant des migrants, en considérant leur situa­tion respective, leurs besoins et leurs droits.

En notre qualité de responsables religieux, nous nous sommes rassemblés, avant le som­met du G8 à Deauville, les 26 et 27 mai 2011 et avant celui du G20 à Cannes les 3 et 4 novembre 2011, afin de réfléchir sur leurs ordres du jour. Nous proposons nos réflexions aux participants de ces sommets et les encourageons à élaborer un partenariat plus fort et plus étroit afin de relever les défis communs. Nos réflexions et nos recom­mandations sont énoncées ci-dessous ; elles dével­oppent nombre de thèmes abordés lors des pré­cédents sommets des responsables religieux qui s’étaient tenus au Royaume-Uni (2005), en Russie (2006), en Allemagne (2007), au Japon (2008), en Italie (2009) et au Canada (2010).

Réformer la Gouvernance Mondiale

Le G8 et le G20 offrent tous deux un forum important pour la rencontre et la coordination des actions des dirigeants du monde, et ces rassemble­ments devraient voir leur légitimité renforcée de manière à offrir une gouvernance mondiale encore plus efficace. Ces réunions doivent apporter un complément à l’Assemblée Générale des Nations Unies et aux autres processus onusiens, plutôt que de les saper.

Projet

Des mesures doivent être prises pour que le G8 et le G20 s’inscrivent plus formellement dans le cadre du système des Nations Unies. Le G20 doit ouvrir ses portes aux pays à faible revenu et tout au moins fournir un siège permanent à l’Union Africaine, à l’Amérique Latine ainsi qu’aux organ­ismes régionaux d’Asie.

Le fonctionnement du G8 et du G20 doit être rendu plus transparent de sorte que la société civile et les organismes religieux puissent prendre part à leur travail, influencer leurs décisions et s’assurer que les engagements soient bien pris et tenus. Le piètre bilan des promesses faites lors du G8 en dé­montre l’importance cruciale.

Situation Macro-Economique

Nombre de situations qui ont provoqué la réunion du G 20 en novembre 2008 n’ont pas en­core été abordées. Les gouvernements ont eu raison de prendre les mesures qu’ils ont prises afin de relever le système financier. Cependant, ces mesures nécessaires à la régulation des services financiers n’ont été encore ni adoptées, ni appliquées.

La crise a mis en lumière le fait que des marchés sans régulation ne sont pas nécessairement efficaces, stables ou encore capables d’autorégulation. Les pays du G8 et du G20 devraient travailler à assurer la création d’un meilleur équilibre entre les marchés et les Etats, plutôt que d’essayer de retourner au monde tel qu’il était avant la crise.

Il est urgent et indispensable d’établir un solide cadre réglementaire afin de prévenir de futures crises financières et de protéger les personnes les plus vulnérables. Chaque pays possède sa propre responsabilité pour traiter ces questions dans le contexte de sa propre économie. Mais les pays du G8 et du G20 ont la responsabilité de s’attaquer à ces problèmes quand ils apparaissent de manière transfrontalière.

Changement climatique

Le changement climatique rend déjà la vie des hommes plus difficile à travers le monde. Les per­sonnes chargées, par notre société, d’évaluer les risques (climatologues et compagnies d’assurance), ont fait le lien entre le record de chaleur dans le monde pour l’année 2010 et le taux croissant de catastrophes naturelles. La sécurité actuelle et fu­ture des pays du G20 et de ceux à faible revenu est en danger. Aussi, les pays du G20 peuvent-ils et doivent-ils élever le niveau actuel de leurs ambi­tions en renforçant l’engagement politique mon­dial pour agir et en assurant la mise au point du traité contraignant dont le monde a tant besoin.

Les pays du G20 sont responsables d’environ 80% de l’émission mondiale des gaz à effet de serre. Ils doivent prendre rapidement des mesures qui assurent des investissements à faible produc­tion carbonique et remettent la planète sur la voie de la diminution de la concentration en CO2 dans l’atmosphère, en la ramenant à 350 ppm, au lieu des 390 ppm enregistrés aujourd’hui. Les pays développés et les plus grands pollueurs doivent prendre la tête du mouvement pour la réduction des émissions et pour la création d’un fonds fi­nancier innovant pour financer les technologies nécessaires à une économie faible en émissions de CO2.

Il est dans l’intérêt du monde que ces nouvelles technologies soient utilisées de manière la plus large possible. Cela signifie que les technologies nouvellement développées devraient être acces­sibles gratuitement aux pays en développement.

L’impasse de ces dernières années suggère que les dirigeants du monde ne sont pas encore arrivés à un consensus sur les implications des énormes changements déjà survenus sur notre planète, après l’augmentation d’un peu moins d’un degré de température. Les dirigeants du monde n’ont pas encore établi de consensus, non plus, sur les nombreuses possibilités que représente un passage à une économie faible en émission de CO2 pour une nouvelle dynamique économique.

Développement

Dans le contexte actuel de rigueur budgétaire, il est impératif que les budgets d’aide soient non seulement maintenus, mais qu’ils augmentent puisque les pays s’efforcent d’honorer leurs en­gagements d’y consacrer 0,7 % de leur PIB.
Les pays du G8 et du G20 devraient réaffirmer leur engagement de consacrer 0,7 % de leur PIB à assister les pays les plus pauvres dans le cadre de la nécessaire réalisation des Objectifs du Millénaire des Nations Unies pour le développement, qui doivent être atteints d’ici 2015, objectifs dont on est encore loin.

Ils ne doivent pas céder à la tenta­tion d’attribuer des fonds toujours plus grands en fonction d’ordres du jour politiques n’ayant qu’un rapport lointain avec l’aide aux pays pauvres (Af­ghanistan). Dans les cas d’Etats en déroute ou en situation d’échec, de nouveaux mécanismes d’aide doivent être développés par les Etats, afin de fournir une assistance directement à ceux qui en ont le plus besoin.

Le financement est nécessaire, mais il n’est pas suffisant pour le développement. En 2010, le Consensus d’un Développement pour une Crois­sance Partagée du G20 de Séoul a été une réus­site importante et un grand pas en avant, car il a mis l’accent sur la croissance, l’investissement et les compétences ; mais maintenant, le consensus doit être mis en oeuvre.
Il est important que les pays développés ou­vrent leurs marchés de manière unilatérale à des pays émergents et qu’ils élaborent des engage­ments contraignants en faveur de l’aide au com­merce, afin que les pays émergents puissent prof­iter des possibilités offertes par la libéralisation des marchés.­

Investir dans la paix

Les investissements mondiaux en faveur de la paix, insignifiants par rapport au budget militaire, devraient être augmentés, de même les instru­ments non-militaires nécessaires pour le maintien de la paix doivent-ils être renforcés et augmentés. Les conflits militaires violents – les tentatives de résoudre des conflits par la force militaire – ont généralement pour conséquence la perte de vies innocentes, le bouleversement de la société, l’arrêt du développement et la destruction de l’environnement.

De plus, les réponses militaires au terrorisme affectent souvent les personnes in­nocentes et fournissent des motifs supplémentaires aux groupes terroristes, tout en mettant en danger les libertés fondamentales à l’intérieur des socié­tés qui essaient de s’en protéger. Tous les efforts devraient être faits pour préférer des moyens non-violents dans la lutte contre le terrorisme et dans les discussions pour faire avancer la paix.

Nous avons besoin d’un leadership mondial plus fort, pour que l’on cesse de transformer en victimes des groupes en raison de leur culture ou de leur foi, et pour protéger la dignité de ceux qui sont privés des droits humains fondamentaux, parmi lesquels la liberté religieuse et l’autodétermination.

Conclusion

Un partenariat plus fort, plus ouvert parmi les gouvernements et les autres parties prenant­es est essentiel pour répondre aux challenges d’aujourd’hui. Nous demandons instamment et respectueusement aux participants du G8 et du G20 de continuer à développer et à renforcer la réponse globale nécessaire aux défis d’ordre mon­dial. Nous, les responsables de communautés re­ligieuses, nous confirmons notre engagement à travailler ensemble pour le bien commun, au-delà de nos frontières religieuses, avec les gouverne­ments et les autres partenaires de bonne volonté. Nous restons convaincus – chacun suivant son en­seignement et sa tradition – que la justice, la com­passion et la réconciliation sont essentielles pour une paix authentique.

Sommet des religions du monde Bordeaux Mai 2011

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