Suite aux mesures d’austérité rigoureuses et à l’effondrement de l’économie grecque, Athènes se trouve à présent au bord d’une crise humaniste, estiment les spécialistes de l’aide humanitaire. Depuis le début de la crise en 2009, le nombre de personnes qui se sont données la mort a doublé en Grèce.

En dépit de la faillite imminente de la Grèce, il y a toujours plus de Grecs qui pensent que les plans d’économie mis en place pour assainir les finances publiques n’auront pas un impact positif pour remettre le pays dans la bonne voie.

Depuis 2010, les autorités ont augmenté les impôts tout en diminuant les salaires et les pensions des travailleurs du secteur public. La Grèce n’a pas encore réussi à contenir son fardeau de dettes. La semaine dernière, l’Union européenne (UE) a adopté un nouveau plan de sauvetage en supprimant partiellement une partie de la dette grecque en échange de nouvelles réductions des dépenses publiques. Le Premier ministre grec a annoncé l’organisation d’un référendum sur ce nouveau plan économique.   Le résultat actuel de ces plans d’austérité est que beaucoup de Grecs risquent pour la première fois dans leur vie de se retrouver dans une situation d’extrême pauvreté.

Suicide

Le pays a connu une crise financière, puis une crise économique, enfin une crise sociale. Va-t-on assister à une crise suicidaire en Grèce ? «Je ne sais pas si l’on peut parler de crise suicidaire, déclare un sociologue. Mais il est certain que si le gouvernement ne prend pas conscience qu’il est en train de «tuer» ses compatriotes, le taux de suicide pourrait sérieusement s’accroître. Les Grecs sont asphyxiés». Cela rejoint les propos du ministre polonais des Finances, Jacek Rostowski, qui craint une «guerre» au sein de la zone euro !

Une organisation caritative grecque, Klimaka, a mis en place, selon le Wall Street Journal, une ligne téléphonique d’urgence pour prévenir les suicides. Les employés affirment recevoir 100 appels par jour contre 10 avant la crise. La catégorie la plus concernée ? Les hommes âgés entre 35 et 60 ans, financièrement ruinés. «Ces hommes ont perdu une part de leur identité en tant que mari et gagne-pain de la famille et ne se considèrent plus comme des hommes», raconte Aris Violatzis, psychologue de l’organisation.

Malnutrition

Médecins du Monde est une organisation internationale qui fournit bénévolement des soins médicaux aux sans-abri dans le monde. Cette organisation dirige aussi une clinique à Perama, un quartier d’Athènes où la majorité de la population a des problèmes de logement. Suite l’effondrement du secteur industriel, 80 % des travailleurs ont perdu leur emploi durant les deux dernières années. Beaucoup de familles y vivent dans la pauvreté.

Nikitas Kanakis qui dirige Médecins du Monde affirme qu’Athènes se trouve à la veille d’un état de crise humanitaire. « Sur les 40 enfants soignés par notre pédiatre durant les deux dernières semaines, 23 souffraient de malnutrition », précise-t-il.

« Il y a quelques années nous pensions que ce pays avait atteint un niveau tel que la famine ne pouvait plus jamais être considérée comme un problème social important. Mais aujourd’hui, on doit recommencer à collecter de la nourriture et des vêtements », assure Kanakis.

Un constat qui est partagé par Giorgos Apostolopoulos, chef du Centre pour les sans-abri à Athènes, qui souligne le manque de nourriture comme un problème majeur. Son centre fournit des repas aux personnes dans le besoin et il note que le nombre des visiteurs a augmenté de 30 % depuis le début de cette année.

« Nous offrons 3.000 repas par jour dans notre centre. L’Eglise orthodoxe grecque fournit en plus 3.200 repas dans nos installations », explique Apostolopoulos.   Si on comptabilise les autres lieux, il y aurait environ 12.000 repas quotidiens fournis dans la ville d’Athènes. « Nous constatons une augmentation du nombre de visiteurs, mais il est difficile de dire exactement combien de personnes souffrent de ces problèmes. Pour des raisons sociales, celui qui fait appel à ce type d’aide tente de garder l’information la plus discrète possible ».

Il y a quelques jours, le Centre pour les sans-abri a lancé un appel à l’aide pour récolter des pâtes, des tomates et d’autres nourritures afin de pouvoir préparer les repas pour le weekend. Le centre souffre actuellement d’un manque d’argent et sa capacité d’approvisionnement en nourriture est en péril. « Nous avons beaucoup de difficultés à garder le centre en fonctionnement. La crise économique et politique met une forte pression sur les structures de gouvernance qui nous viennent en aide. Nous devons nous battre chaque jour pour survivre », a déclaré Apostolopoulos.

Un autre problème dans la capitale grecque concerne l’usage de drogue dans les lieux publics – en particulier à proximité des universités – qui devient de plus en plus fréquent. La police préfère ignorer le phénomène et le gouvernement n’annonce aucun plan de prévention pour lutter contre ce fléau.

Evvangelos Liapis, un médecin qui travaille au Centre de prévention et de lutte contre les maladies, déclare que la clinique mobile de ce centre a examiné 8.000 personnes depuis le mois de juin. «Bien que nous ne sommes pas en mesure de fournir des chiffres plus précis, nous constatons un lien entre le ralentissement économique et la santé de certains groupes sociaux.

Les sans-abri, les immigrants illégaux et les consommateurs de drogues au centre d’Athènes sont les groupes les plus durement touchés par la crise ».   « Nous observons une augmentation significative des maladies sexuellement transmissibles comme la syphilis, les verrues et les infections de la peau. Nous enquêtons également sur une éventuelle augmentation de l’hépatite et du virus HIV auprès de ces groupes fragiles ».

Liapis estime que la santé déclinante est une conséquence directe de l’effondrement des programmes sociaux, comme la fin du financement des seringues pour les toxicomanes. « Un toxicomane en manque d’argent préférera toujours acheter une nouvelle dose au lieu d’une nouvelle seringue ».

Selon Liapis, il n’y a pas seulement le nombre d’infections aux maladies sexuellement transmissibles qui est en augmentation. « Il semble aussi que la prostitution de rue est en augmentation et qu’elle se propage même parmi les groupes qui jusqu’à récemment n’avait pas de problèmes sociaux et économiques», conclut-il.

Ips Nouvelles

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