L’opinion bascule : selon le sondage Harris du 2 janvier, 55 % des Français sont “pessimistes pour 2012”, alors qu’en janvier 2011 une majorité d’entre eux (53 %) inclinaient encore à l’optimisme. Sans parler du 2 janvier 2009, où les optimistes étaient 69 %…

Neuf Français sur dix considèrent le chômage comme l’angoisse prioritaire :

les destructions d’emplois, déjà fortes durant la décennie 2000 en raison des délocalisations, se multiplient avec la crise internationale aggravée par le marasme de la zone euro. Mais 90 % des sondés estiment que l’action du gouvernement dans ce domaine est inefficace, et que la situation va encore se dégrader en 2012.

Les citoyens voient les effets mais pas les causes

Pour 66 % des sondés, la défense du système social devrait elle aussi être prioritaire : la santé, les retraites… Mais le financement de ce système ressemble à un problème insoluble, avec un Etat coincé entre ses caisses vides et l’hostilité des marchés.

Déconcertante est donc l’attitude des 65 % de Français qui disent souhaiter que l’Etat “se saisisse” du problème des déficits et de la dette publique : dépourvu de marge de manoeuvre, et privé de ses outils traditionnels par les traités européens, l’Etat ne peut faire grandchose d’autre que de diminuer toujours plus les services publics – comme vient de l’annoncer le nouveau gouvernement de droite en Espagne : ce qui va à l’encontre de la “défense du système social” désirée par 66 % des sondés.

Ce qui va aussi à l’encontre de l’amélioration du système scolaire, réclamée par 57 % ; et de la lutte contre les inégalités sociales (52 %)… Est-ce pour cette raison que près de 80 % des sondés se disent sceptiques quant aux efforts du gouvernement dans ces domaines, comme dans celui du pouvoir d’achat ?

L’UE “secondaire” ?

Autre sujet d’étonnement : selon le sondage, plus d’un tiers des Français jugent désormais “secondaires” les questions touchant à l’Union européenne. La crise de la zone euro est pourtant issue des défauts de conception de l’UE, ce qui mériterait une réforme urgente de ses institutions…

Mais tel est le paradoxe des époques de crise : l’opinion, effrayée par les effets, a tendance à se désintéresser des causes.
Pendant ce temps, les salles de marché et les agences de notation font savoir que leur offensive contre l’Europe se poursuit. Cela au moment où la présidence européenne tournante passe aux mains du Danemark : l’un des rares pays membres à avoir refusé l’euro.

La manche libre

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