A événements exceptionnels, mesures exceptionnelles
Alors que les outils les plus invraisemblables ont été utilisés pour éviter un effondrement du système financier, et que la tempête s’est maintenant calmée sur ce front, de plus en plus de voix se demandent les Etats-Unis vont parvenir à limiter la casse pour les générations futures.

Augmenter les impôts n’est jamais très populaire, surtout en période de reprise, et réduire les dépenses est à l’inverse de la logique actuelle de relance gouvernementale (qui se chiffre en milliards de dollars).

Il faut donc trouver autre chose


Plusieurs solutions alternatives existent pour renflouer les caisses de l’Etat. Aujourd’hui, deux en particulier font l’objet de vifs débats. Le premier est assez classique : laisser le dollar s’effondrer face à ses principaux partenaires commerciaux.
Laisser filer le dollar ?
Suivant ce scénario, trois effets bénéfiques en découlent pour les Etats-Unis :
1) les exportations deviennent plus compétitives, ce qui permet de relancer la machine industrielle ;
2) les importations deviennent plus chères, poussant ainsi les Américains à consommer davantage américain et non européen ou chinois ; et, finalement ;
3) les sociétés américaines actives à l’international voient leur bénéfice consolidé s’accroître lorsqu’elles rapatrient leurs profits générés hors des Etats-Unis (un million d’euros vaudra plus qu’avant, si le dollar baisse).

Washington pointé du doigt
Comme vous l’avez constaté depuis la mi-mars, le billet vert s’est fortement déprécié contre l’euro, passant grosso modo de 1,25 dollar pour un euro à plus de 1,50 début décembre. Une chute d’une telle ampleur (20%) en seulement neuf mois, surtout entre les deux principales monnaies mondiales, a amené de nombreux observateurs à pointer du doigt les méthodes conservatrices — ou nationalistes, c’est selon — de Washington.

Tout le monde est heureux dans le meilleur des mondes
Malgré les critiques, l’objectif a été atteint. Le secteur des exportations a bénéficié d’une relance divine grâce à la chute du dollar et les sociétés cotées à Wall Street afficheront des résultats supérieurs aux attentes. Le gouvernement américain ne peut, évidemment, que s’en féliciter : les bénéfices et la consommation domestique génèrent des rentrées fiscales. Tout le monde est heureux dans le meilleur des mondes.

Enfin, presque tout le monde
Les Européens ont tellement fait la soupe à la grimace — car l’effet est évidemment inverse pour notre cher Vieux Continent — que les Etats-Unis ont été d’accord de lâcher du lest. Il ne fallait quand même pas trop exagérer. Donc, depuis début décembre, la tendance s’est inversée. Aux alentours de Noël, l’euro ne valait plus que 1,43 dollar.

Pour renflouer les caisses de l’Etat, il faut donc trouver une deuxième solution alternative. D’où l’idée qui fait son chemin : reproduire la stratégie de Roosevelt de 1933. Puisque l’on parle depuis maintenant plus d’une année d’un nouveau « New Deal » à la sauce Obama, replongeons gaiement dans les cahiers d’histoire. Notamment sur un point crucial, mais souvent oublié : la fameuse ordonnance présidentielle 6102, plus connu sous le terme de « confiscation de l’or ».

Le 5 avril 1933, en pleine Grande Dépression…
… le président Franklin D. Roosevelt signa un ordre exécutif pour exiger, dans les quatre semaines, la restitution de l’ensemble de l’or détenu par les résidents américains. Toute détention de pièces d’or, de lingots ou de titres rattachés à de l’or était tout simplement devenue interdite à partir du 1er mai de cette année.
Imaginez le contexte de l’époque. En 1933, un quart de la population active est au chômage (24,9%), deux millions d’Américains sont sans abri et l’indice Dow Jones s’échange à environ un cinquième de sa valeur d’il y a quatre ans. Et voilà que la seule chose tangible qui permet aux particuliers de préserver leur pouvoir d’achat leur est confisquée. Interdite. Hors-la-loi. Pas touche ! Le gouvernement devient le seul propriétaire (légal) de l’or en circulation (hormis quelques dérogations, concernant par exemple les dentistes et les électriciens).

Tout détenteur d’or devait remettre son or au Trésor. Immédiatement
Tout possesseur d’or devait alors obligatoirement se rendre à la Réserve fédérale la plus proche pour « échanger » son or au prix de 20,67 dollars l’once. Si cela n’était pas réalisé avant le 1er mai, les contrevenants encouraient une peine pouvant atteindre 10 000 dollars (soit l’équivalent d’environ 165 000 dollars en 2009) ou 10 ans d’emprisonnement (voire les deux).

Comment Roosevelt s’y est-il pris pour dicter une telle mesure ?     L’homme du peuple, l’homme de la démocratie, a tout bêtement décidé de passer outre le Congrès en promulguant une ordonnance présidentielle. Une loi, votée par ce même Congrès en 1917 alors que les Etats-Unis allaient entrer en guerre contre l’Allemagne (Trading with the Enemy Act), autorisait ainsi le président « d’investiguer, de réguler et d’interdire l’importation, l’exportation, la possession, la fonte et l’allocation d’or ».

Du jour au lendemain, le président avait confisqué l’or de ses compatriotes
Enfin, pas tout le monde ne s’y est plié, bien sûr. Dans leur ouvrage phare Une histoire monétaire des Etats-Unis, Milton Friedman et Anna Schwartz estiment que seulement 22% de l’or en circulation a été spontanément échangé auprès des autorités. Reste que le Trésor a pu ainsi collecter 500 tonnes d’or. Pour mettre cela en contexte, les avoirs d’alors approchaient les 9 000 tonnes d’or. Donc, environ 5,5% des actifs.
Et ce n’était qu’une première étape

Mais récolter l’or des contribuables n’était, au final, qu’une première étape. Roosevelt décida, le 30 janvier 1934, de dévaluer le dollar de près de 40%, fixant ainsi le prix de l’or pour les transactions internationales à 35 dollars l’once (un prix qui restera inchangé jusqu’en 1971 et l’abandon de l’étalon-or par Nixon). Les actifs du Trésor faisaient ainsi un bond de 69% en neuf mois. Les caisses étaient alors de nouveau remplies.

Le pauvre citoyen américain, muselé et dépossédé de ses biens en or — qui pouvaient même provenir d’héritages lointains, les sentiments n’ayant plus droit à la parole — a, finalement, retrouvé son droit de détenir de l’or sans restriction grâce à l’abrogation par Gerald Ford le dernier jour de l’an 1974.

Qu’en est-il aujourd’hui ?
La crise actuelle, qui reste fort différente par rapport à la Grande Dépression, mais dont les parallèles sont nombreux — surtout par rapport à la position tentaculaire du gouvernement et de son endettement effrayant –, peut-elle pousser l’administration Obama à utiliser les mêmes outils d’antan ?

Légalement, la situation a quelque peu changé. Le Congrès a voté en 1977 une loi limitant l’usage de telles mesures extraordinaires (International Emergency Economic Powers) ; la possibilité de confiscation, par exemple, est limitée aux seules périodes où les Etats-Unis seraient en guerre.

En temps de crise, tout est permis
Après les attaques du 11 septembre, toute loi est à reconsidérer. Prenez l’exemple de Guantanamo, qui bafoue les Conventions de Genève, sous le prétexte qu’un pays en guerre (très loin de chez lui) a le droit de détenir des milliers de prisonniers pendant huit ans, sans aucune forme de procès. Sur le plan économique, d’autres exemples de mesures protectionnistes contre l’Europe ou la Chine ont également défrayé la chronique, sous le prétexte, encore une fois, qu’en temps de crise, tout est permis.
Donc, oui, l’administration Obama a le pouvoir de le faire
Ira-t-elle jusqu’au bout ?

Personne ne peut aujourd’hui l’affirmer, ou l’infirmer, avec certitude. C’est ce que l’on appelle un cygne noir, soit une probabilité infime qu’un événement d’une telle ampleur prenne forme : songez aux subprime, à Bear Stearns, à Lehman Brothers, à General Motors, à AIG et j’en passe. Mais, même si le risque est minime, l’impact serait tel que l’once d’or ne fluctuerait plus aux alentours de 1 200 dollars, mais bondirait à 3 000 voire 5 000 dollars… A bon entendeur !

Enfin pour ceux qui, prudents, craignent que le prix de l’once d’or redescende, une stratégie neutre au marché sur l’or est à recommander : en effet, il est possible de gagner avec l’or quoi que fasse le prix de l’once, come nous l’avons déjà prouvé à maintes reprises.

Marc Mayor est expert en investissements

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